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Depuis quelques mois j’ai cette sensation de ne plus être là où je suis censée être. J’ai un peu perdu le sens de mon métier, de ce que les gens attendent de moi, de ce que mon étiquette “coach agile” leur promet. Il y a des jours de grande joie, des jours où je sors d’un rendez-vous pleine d’enthousiasme, de gratitude. Et il y a des jours où je n’ai même pas la force de sortir de mon lit. Ces variations me montrent bien que tout n’est pas à jeter à la poubelle. Que je ne suis pas complètement à côté de mon chemin idéal. Mais il y a quand même certaines choses, certains ingrédients de ma vie professionnelle qui ne vont pas. Les jours où je ne me sens pas à ma place se multiplient. La grisaille s’installe. Mon énergie faibli.

Il y a quelques jours, j’ai démarré un coaching avec Céline Valéro. Céline est une belle personne. Nous nous sommes formées ensemble. J’ai entièrement confiance en elle et en ses capacité de coach. Lors d’une de nos séances, je lui ai raconté mon rêve : avoir un atelier dans Paris, dans lequel je puisse passer une partie de mon temps à coudre de belles tenues pour des femmes exceptionnelles. Et une partie de mon temps à recevoir des clients, clientes, des groupes qui ont besoin d’un accompagnement. Mais voilà, comme toujours depuis plusieurs mois, j’ai en face de moi plusieurs chemins. Je pars en explorer un, puis je perds en énergie et je fais marche arrière. C’est comme s’il me fallait un peu de force et de courage, de persévérance pour que les dalles apparaissent une à une sous mes pieds. Au lieu de ça, une dalle apparaît, puis mon pied recule, et le chemin s’efface. J’ai commencé à marcher sur des tas de chemins. Et toujours je reviens au point de départ. Ces tentatives m’épuisent et me font perdre confiance en moi.

Céline n’a même pas le temps de me demander ce qui bloque sur ce chemin de l’atelier de couture. Je lui explique immédiatement que lorsque j’arrive à visualiser ce rêve, et à me remplir de cette belle énergie qu’il me procure, les images s’évaporent aussitôt. J’ai cette petite voix dans ma tête qui les chasse en disant : “on ne vit pas des métiers de la couture”, “un atelier c’est bien trop de frais”, “tu as encore bien des techniques à apprendre avant de pouvoir réaliser un vêtement sur mesure”.

Et puis soudain, je prends conscience que cette petite voix est la même depuis que j’ai 17 ans. (J’en ai 35 aujourd’hui). Immédiatement des émotions viennent. De la tristesse, de la colère. La tristesse de ne pas avoir poursuivi plus ce chemin sur lequel j’avais largement progressé, qui me mettait en joie, qui me passionnait. A 17 ans donc, j’avais cette passion de la couture. Cette passion de défaire et refaire jusqu’à la perfection. Cette passion de rester enfermée des heures dans la cave pour construire un vêtement au plus proche d’une image, d’une allure, d’un silhouette que j’avais en tête ou aperçu. Et puis, rattrapée par la raison et par la peur de ne pas réussir à en vivre, j’ai commencé à poser un certain nombre de questions : “Peut-on vivre de la couture ?” “Trouve-t-on facilement du travail ?” Je comprends aujourd’hui qu’il y avait deux erreurs fondamentales dans ma démarche : celle-ci était drivée par la peur. Forcément je n’ai attiré que des personnes et des histoires en écho à cette peur. La deuxième erreur, très liée à la première, c’est que je n’ai pas posé les bonnes questions.

Aujourd’hui je comprends cette démarche. Je souris à cette petite fille qui, entourée de personnes au chômage ou en difficulté, a voulu avant tout rester en sécurité. Cette petite fille que j’étais s’est construit une perception d’un métier. Et cette perception, cette carte du monde que je me suis construite, je réalise aujourd’hui qu’elle n’a pas bougé.

Et bien je me trompe peut-être encore sur cette vie idéale, peut-être qu’en allant au bout du chemin je vais me rendre compte que ce n’est encore pas ça. Mais, en terminant cette séance avec Céline, je suis pleine d’entrain. Je décide que “la carte n’est pas le territoire” (Alfred Korzybski). Et je décide de partir l’explorer. Je vais poster sur ce blog, des histoires. des belles histoires. De personnes qui ont vécu des morceaux de vie heureux et joyeux en pratiquant un des métiers de la couture. Je vais partir en exploration. Je me vois comme ce personnage dessiné sur le guide du routard. Avec son globe dans le dos. Et je vais aller en chercher des belles histoires. Ce qui me motive ce soir ce n’est pas d’arriver au bout du chemin, d’être dans cet atelier. C’est surtout de prendre du plaisir à changer ma perception, poser les bonnes questions, et agrandir mon territoire.